Labo indépendant?

Qu’est-ce qu’un laboratoire indépendant?

Les laboratoires indépendants sont des structures, généralement constituées en associations, composées de cinéastes ayant choisis de développer eux-mêmes leurs films (et plus globalement, de faire tout le travail de laboratoire).

La forme la plus réduite que l’on peut trouver sous l’appellation Laboratoire Indépendant peut consister en une salle de bain aménagée (comme pour les labos photos) et d’une spire de développement Super 8*. La forme la plus évoluée -Atelier MTK (F), Studio Eén (NL)- permet quasiment tout : développement négatif et positif super 8 et 16mm, noir/blanc et couleur, tirage de copies, effets spéciaux (images figées, ralentis, accélérés,… ), impression de la piste son,…

Apparues au début des années 90, ces structures se sont rapidement multipliées, donnant corps à une pratique cinématographique aussi nouvelle que particulière. Si, au niveau du genre, la majorité des films réalisés sont plutôt expérimentaux et non-sonores, depuis peu, des documentaires, fictions et des films avec son synchrone commencent à sortir de ces laboratoires. On remarque, parallèlement à cette diversification des styles, une évolution des ambitions des cinéastes liées à l’évolution des moyens techniques qu’ils ont acquis. Si la première phase est l’acquisition d’une spire Super 8, les greniers vidés des télévisions, les récupérations dans d’anciens laboratoires professionnels, les achats aux enchères dans les ventes du domaine publique et l’ingéniosité ont permis à certaines de ces structures d’étoffer considérablement leur parc de matériel et perspectives de réalisation.

Cette évolution des moyens techniques à disposition s’est tout naturellement accompagnée d’un développement des compétences techniques des cinéastes. D’apprentis-laborantins, les cinéastes sont devenus experts en chimie film, développant de manière empirique leurs champs de compétence. Actuellement, les laboratoires indépendants les plus en avance, développent, hors de tout circuit professionnel, des systèmes de son digital couplé à l’image. Quel que soit le niveau de maîtrise ou d’avancement technique des cinéastes utilisant ces laboratoires, il apparaît que cette maîtrise de la technique apparaît moins comme un moyen que comme un réel outil de création : beaucoup de ces films sont pensés ou complètements retravaillés en fonction des possibilités de création ou d’intervention permises par les outils à disposition : manipulation mécanique, chimique, optique, informatique, … Cette nouvelle catégorie de cinéastes peut être caractérisée par le fait qu’ils sont présents (et peuvent intervenir) à tous les échelons de production de leurs films.

Cette pratique particulière a bien évidemment une conséquence directe sur les coûts de production des films. Outre le fait que le cinéaste fait lui-même un travail qui par ailleurs est spécialisé (donc très cher), les laboratoires indépendants importent les produits chimiques de base et pellicules dont ils ont besoin des pays où leurs coûts sont moindres. On peut ainsi estimer à au moins 75% l’économie réalisée. Cette économie considérable au niveau financier se “paie” par ailleurs en temps consacré aux films (acquisition des données techniques, maîtrise des outils, essais,…. )

Une autre particularité de ces laboratoires indépendants réside dans le fait qu’ils sont pour la plupart issus ou liés aux milieux alternatifs, installés dans des Squats ou d’anciens locaux industriels mis à disposition par les municipalités. La diversité des pratiques artistiques présentes dans les milieux alternatifs a permis de développer des collaborations entre cinéastes, plasticiens, musiciens,…
D’une manière générale, ces laboratoires indépendants sont devenus les principaux pourvoyeurs de ce que l’on recouvre sous le terme de cinéma élargi Par ailleurs, autre conséquence de cette appartenance aux milieux alternatifs, les laboratoires Indépendants se sont rapidement fédérés en un réseau européen efficace: échanges d’informations sur les prix des matières premières, sur les prix des machines, sur les “bons plans”, spécialisation de certains labos dans un domaine, échanges de compétences, édition d’un bulletin d’information (“L’Ebouillanté”)… La vivacité de ce réseau, les prix rédhibitoires des laboratoires professionnels, la simplicité retrouvée dans l’envie de faire des films, sont autant de raisons qui expliquent la santé florissante de ces laboratoires indépendants présents partout en Europe. Cette autre façon de faire du cinéma est en pleine croissance, et il y a matière à s’en réjouir.

Texte tiré du dossier de presse des rencontres des laboratoires indépendants à Genève en février 1997. F.-Ch. Marzal – Spoutnik